CV artis

Photo : François Goudier

Laurent Nicolaï est né en 1975 à Nice.

Ses aptitudes particulières au dessin sont remarquées très jeune, il passera une adolescence assez solitaire, crayons et pinceaux en main, étudiant à la fois les dessins des grands maîtres et les auteurs de bandes-dessinées en noir et blanc dont la librairie familiale est emplie. Dès cette période il se confronte au dessin de modèle vivant de manière régulière.

C’est à l’école des Beaux-Arts de Marseille qu’il découvre l’impression d’estampe, la gravure auprès de Sonja Hopff dont l’enseignement est dans le sillon de l’atelier Lacourière-Frélaut, la lithographie avec Peter Grosfeld troisième génération d’imprimeurs lithographes. L’estampe devient alors son médium exclusif. Il bascule complètement dans le noir et blanc avec un œil aiguisé pour la belle impression. Cela lui permet de soutenir son diplôme avec une suite gravée de grande ampleur. Il expose régulièrement son travail d’estampe depuis cette date.

Accident de la vie

Il doit arrêter ses études pour soutenir sa famille lors de la mort brutale de son père et devient libraire spécialisé en bandes-dessinées pendant quelques années. Puis il quitte tout, Marseille, sa librairie, sa vie sociale pour installer son atelier autour d’une petite presse taille-douce loin dans les Cévennes. Parallèlement il se découvre une âme de bâtisseur en restaurant des maisons anciennes, cette qualité sera alors un moteur pour ses multiples projets à venir. Il reprend son travail d’artiste et revient à l’étude de modèle vivant. Il ouvre rapidement un atelier de lithographie et complète son équipement pour la gravure, l’ADN (Atelier D’estampe Nicolaï) est né en 2004. Il commence l’accompagnement d’artistes par goût du partage.

Un peu à l’étroit, il part s’installer dans le Massif central où il construit de ses mains une maison et une imprimerie/bergerie. Il devient imprimeur/éleveur. Pendant dix ans, il développe en parallèle une activité d’éleveur de chèvres auprès de sa femme, son imprimerie et son art. En gravure essentiellement, puis il décide de se consacrer à la lithographie, technique où le dessin est le plus directement imprimable et la couleur joue un rôle majeur. Il sauve de la casse deux imposantes presses plates lithographiques centenaires Marinoni, de six tonnes chacune. Il se rapproche de grands imprimeurs lithographes avec qui il tisse des liens d’amitié durables comme Christain Bramsen, Michael Woolworth et Etienne de Champfleury avec qui il noue une relation particulièrement solide. Travaille, entre autre, pour le Musée Soulages de Rodez dès son inauguration lors de l’exposition « De Picasso à Jasper Johns, l’atelier d’Aldo Crommelynck », mais aussi des lycées et des écoles de sa région, toujours avec ce goût du partage qui le caractérise. Il accompagne chez lui à l’ADN des artistes avec des projets de plus en plus ambitieux.

Changement de cap

En 2021, il déménage à Cognac pour se consacrer entièrement à sa production artistique et à son imprimerie ADN qu’il veut encore plus ouverte aux échanges. L’ADN restructuré ne garde que l’essentiel car l’imprimerie doit se glisser dans un espace plus petit, son parc de machines est réduit de moitié avec six presses pour le travail du cuivre, de la pierre et de la typographie. Il développe et commercialise de nouvelles encres pour la lithographie, sous le nom « AUBÉPINE », ne trouvant pas dans le commerce la qualité de lumière qui correspond à ses exigences d’artiste imprimeur.

Depuis son installation à Cognac, Laurent Nicolaï partage donc son temps entre ses propres créations, ses activités de Pédagogie de l’estampe et l’Accompagnement personnalisé d’artistes.

Après des années de travail en gravure pendant lesquelles il a consciencieusement étudié et utilisé tous les procédés, c’est à la lithographie qu’il se consacre maintenant plus particulièrement autour de sa grande presse plate Marinoni de six tonnes dite « La Muro ». Il a cependant toujours le même questionnement de son médium qu’il interroge dans ses procédés comme dans sa finalité. Il en cherche les limites techniques et tente de redéfinir son champ d’action, il se pose sans cesse la question du statut et de la pertinence de l’image d’art imprimée artisanale, cet objet inimitable par le geste et la sensibilité de l’artiste comme de l’imprimeur.

Ses réflexions se retrouvent en écho dans ses œuvres qui parfois même en sont des manifestes.

Laurent Nicolaï pense que certaines nouveautés technologiques (imprimantes pigmentaires innovantes très haute résolution, essor de l’IA) permettent à l’imprimerie d’art de retrouver une place majeure dans la production artistique contemporaine, il considère même que l’imprimerie d’art est au seuil d’une nouvelle révolution car il y a un sens supplémentaire à faire les choses à la main. Il voit partout de nouveaux ateliers se monter, internet permet de faire communauté, les savoirs s’échangent dans toutes les langues par-delà les frontières et de nouvelles générations viennent faire exploser certains verrous et conventions qui ont parfois fait du tort au métier.

Soucieux de s’inscrire dans ce renouveau, Laurent Nicolaï n’hésite pas à prendre parti dans son travail bien entendu, mais aussi dans le cadre de sessions de Pédagogie de l’estampe ou lors des rencontres avec des ateliers d’art ou des artistes. 
Depuis son installation à Cognac de nombreux artistes viennent régulièrement réaliser des estampes à l’ADN, des étudiants en quête de perfectionnement technique s’y succèdent et Laurent Nicolaï peut, maître en son imprimerie, continuer son travail d’artiste dans la plus grande liberté. Il participe à des expositions tel que les « Journées de l’Estampe Contemporaine » à Paris, se déplace à l’étranger pour partager ses connaissances techniques et ouvre régulièrement les portes de son atelier au public.

Le parcours d’un artiste est sinueux, fait de rencontres et d’accidents, Laurent Nicolaï n’échappe pas à cette réalité. Cependant depuis sa découverte de l’art de l’estampe, il a eu comme fil conducteur la beauté de l’impression. Autodidacte, en grande partie, il a développé ses connaissances techniques par une pratique constante et rigoureuse dans son art. Il n’expose que très peu mais la reconnaissance lui vient de ses pairs, artistes, imprimeurs et musées.
Son sens du partage et son statut d’artiste-imprimeur, font de lui un imprimeur avec une écoute particulièrement subtile pour les artistes. Puisqu’il maitrise le processus de création aussi bien que celui de la réalisation, il est capable d’apporter une compréhension et un soutien précieux aux créateurs qu’il accompagne.

Au-delà de son art, pour Laurent Nicolaï se profile une vision originale du monde : « Avec l’estampe j’ai éprouvé une passion qui au fil du temps est devenue ma forme de pensée, une certaine perception des choses. Depuis, je ne me suis pas séparé de cette manière de voir le monde, inversé et à rebours, inscrit dans un temps si différent de celui que nous affirme le quotidien. »

En Cévennes, carrière lithographique, 2008